




Sa Sainteté Le 14e Dalaï-Lama traduit par Mathieu Ricard
Question : quel type de méditation conseillez-vous à un débutant ? Est-ce que l'on peut apprendre à méditer par l'étude ou vaut-il mieux avoir un Maître spirituel ?
Il
vaut mieux étudier et écouter. Etudier est une forme de
méditation. Je ne sais pas quelle connotation a le mot
« méditer » en français. En tibétain, gom
(méditer), signifie : se familiariser avec une chose. Vous
prenez l'habitude de cette chose, vous vous y habituez.
La méditation ne se fait pas toute seule. Quand vous
méditez, vous faites un effort conscient.
Donc le sens de
la méditation tel que le Bouddha l'a enseigné, signifie que quand
votre esprit est sous l'emprise d'émotions afflictives, quand le
bonheur que vous souhaitez s'effondre et que vous êtes confrontés à la
souffrance, l'esprit doit avoir assez de ressort pour rester maître
de lui-même. La vraie méditation consiste à contrôler son esprit à
force de s'être habitué à méditer, au point que cette maîtrise
parvienne à éliminer tous les états incontrôlés.
Il y a deux sortes de méditation. La méditation analytique
permet de découvrir les certitudes et les convictions. Affirmer :
« C'est ainsi » ne suffit pas à établir une
conviction authentique. Se dire : « Oh, ça c'est
bien », sans savoir pourquoi ne suffit pas. Il faut
savoir pourquoi c'est bien. Il faut analyser les divers aspects,
réfléchir et examiner les raisons. Savoir pourquoi une chose est
positive permet d'établir une conviction claire. Si quelqu'un vient
vous dire : « Non, ce n'est pas bien, » vous
êtes alors capable de défendre votre conviction par la raison. La
méditation analytique confère à l'esprit force et certitude. Etablir
une conviction permet de développer la foi pure, la foi confiante et
la foi dite « aspirante » ou qui aspire à
actualiser les qualités.
Un
esprit ainsi entraîné devient capable de demeurer concentré sur un
objet, sans analyser. On appelle cela « placer son
esprit » ou absorption méditative.
Tel est le sens de la méditation.
On pense parfois que méditer signifie s'asseoir en tailleur
les yeux fermés. C'est ce qui se passe quand j'enseigne et que je
dis : « Méditons ». Tout le monde redresse sa
position. Dans ce sens, les soldats ont un maintien impeccable,
alors ils doivent drôlement bien méditer ! (Rires)
Notre méditation se fait en nous.
Milarépa a dit : « Quand je dors, je médite.
Quand je médite dans mon sommeil, je suis dans l'état de claire
lumière. Quand je mange, je médite, et mon repas devient une
offrande. » C'est ça la méditation ! Assis ou en
marchant, on maintient la vigilance. C'est vraiment ça la
méditation. Y a-t-il une différence entre ma méditation et la vôtre
? (Rires)
Etudiez, lisez
des textes, réfléchissez. Ici, lire n'est pas se divertir. Il
s'agit de réfléchir et de voir si ce que vous lisez correspond à votre
expérience. C'est cela la méditation analytique. Puis, si la
confiance et l'intérêt se développent, on peut commencer par
pratiquer l'absorption méditative.
Jusqu'à ce qu'on ait atteint par soi-même un certain degré
de conviction, il vaut mieux apprendre par les livres. Quand vint
pour Drom Teunpa le moment de s'éteindre, son disciple,
Guéshé Potowa, devint très triste. Il inclina sa tête vers Drom
Teunpa et dit à son Maître : « Vous m'avez témoigné tant
de bonté, vous m'avez donné tant d'enseignements et maintenant que
vous partez, qui sera mon Maître ? » Alors Drom Teunpa
releva la tête et dit : « Désormais les textes seront ton
Maître? » Il est donc très important de nous appuyer sur
les textes.
L'Abhidharma
parle de deux formes de Dharma : le Dharma des textes et le Dharma
de la réalisation. Le Dharma de la réalisation vient de la pratique
des Trois Entraînements. Pour que naisse cette réalisation, il faut
s'appuyer sur l'étude textuelle.
Abordez le Dharma par l'étude et ensuite par la pratique.