Yangsi Kalou Rinpotché


    Qui peut énoncer les mantras ?
(énoncer signifie ici créer, composer, "inventer", concevoir)

    Les mantras constituent un aspect du langage dont la création demande des capacités particulières. Un être ordinaire ne possède aucunement la faculté de créer un mantra.     

    Prenons quelqu’un ayant atteint un niveau bien supérieur à la commune humanité : la première terre de bodhisattva. Celui-ci possède douze pouvoirs centuples : la capacité de connaître les évènements de cent vies passées et de cent vies à venir, de se rendre dans cent champs purs simultanément, d’écouter simultanément l’enseignement de cent bouddhas, de demeurer en même temps dans cent états méditatifs, etc. Pourtant même un tel être ne peut créer un mantra.

    Au fur et à mesure que le bodhisattva franchit l’échelle des terres, la puissance des douze pouvoirs est multipliée par dix. Arrivé à la septième terre, il devient par ailleurs totalement libre du voile des émotions conflictuelles. Cependant la faculté de composer un mantra lui est toujours déniée.

    A la huitième terre, une nouvelle étape se produit dans la progression du bodhisattva qui confère à son esprit dix maîtrises : sur la durée de vie, sur les états d’absorption méditative, etc. et notamment sur le sens des mots, si bien qu’à partir de ce niveau, la composition des mantras devient possible.

    Enfin, à la fin de la dixième terre, grâce à la « méditation semblable au vajra », le bodhisattva atteint la réalisation ultime, l’état de bouddha. Un bouddha possédant l’omniscience, il a, par définition, la faculté de créer toutes les catégories de mantras.

    Ce n’est qu’au niveau des trois dernières terres de bodhisattva, les « trois terres pures », et de l’état de bouddha que la vision de tous les éléments qui composent le samsara et le nirvana est suffisamment vaste pour que les implications des sons et des mots soient parfaitement comprises, ce qui autorise l’énonciation d’un mantra.

Extrait de l'ouvrage Bouddhisme ésotérique. Editions Claire Lumière : p.100-101.

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L'esprit créateur des mondes

    Qui accomplit ces différents actes bons ou mauvais qui ont de tels résultats karmiques ? Notre corps, notre parole et notre esprit. Mais le plus important, celui qui dirige, c’est l’esprit. C’est lui qui est à l’origine des actes négatifs et positifs. Si en l’esprit, naît le désir de nuire ou de tuer, le corps se mettra en œuvre pour essayer de nuire ou de tuer. Si l’esprit conçoit le désir d’exprimer des choses désagréables, la parole suivra et proférera des mots blessants. Au contraire, si l’esprit forme le projet d’aider quelqu’un, le corps se mettra en action pour apporter cette aide et si l’esprit désire adresser des mots agréables, la parole le fera. C’est donc l’esprit qui est le fondement de tous les actes, positifs ou négatifs.

    Comment l’esprit peut-il produire les différentes classes d’êtres et des mondes aussi complexes et diversifiés ? Référons nous au rêve. Quand nous rêvons, des paysages, des contrées apparaissent. Dans ces contrées, nous percevons des maisons, des gens, toutes sortes de choses et de situations. L’ensemble est produit par l’esprit. De même, les six classes d’êtres ne proviennent que de notre propre esprit.

    Une seule potentialité d’apparence de l’esprit peut en fait être perçue de manière extrêmement diverse en fonction du karma. Par exemple ce qui s’exprime pour nous sous forme d’eau et nous permet d’apaiser notre soif, se manifeste, pour un être qui a repris naissance dans les enfers, sous la forme de métal en fusion ou de lave. Pour un esprit avide, cette même potentialité de l’esprit apparaît comme du sang, de la morve ou des matières repoussantes de même type. Un demi-dieu va percevoir l’eau comme une arme, un dieu comme du nectar. Pour un être qui a atteint la totale libération, enfin, l’élément eau est réalisé comme étant le Bouddha féminin Mamaki. Et pour un poisson, l’eau est un habitat.

    L’environnement est un autre reflet du karma qui conditionne la perception des êtres ; nous vivons à la surface de la terre, tandis qu’un poisson ne saurait évoluer hors de l’eau. Pour d’autres êtres, le monde se résume à notre organisme. Il est dit en effet que dans le corps de chaque individu vivent 84 000 micro-organismes pour qui notre corps est à la fois un domicile et un moyen de subsistance. Une maladie que l’on appelle « yama » est due à l’un de ces micro-organismes qui peut se déplacer en une fraction de seconde de la plante des pieds à la pointe des cheveux. (Pages 91-92)

Extrait de l'ouvrage Bouddhisme profond. Editions Claire Lumière : p.91-92.

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