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Sa Sainteté le 17e Karmapa : Orgyen Trinley Dordjé
Le Karmapa (en sanskrit « la manifestation de l'activité de tous les Bouddhas ») est le titre du chef de l'école Karma Kagyupa du Tibet, et l'une des quatre écoles majeures du bouddhisme tibétain.
Cette branche d'une lignée de transmission plus large prend sa source au 1er Karmapa, Dusoum Khyenpa (1110-1193), fils spirituel du grand maître tibétain Gampopa. La source de la lignée de transmission orale remonte traditionnellement au Bouddha Vajradhara et fut transmise au maître indien de Mahamudra et de Tantra Tilopa (989-1069), par Naropa (1016-1100), Marpa et Milarepa. Ces précurseurs de la lignée Kagyu sont collectivement appelés le Rosaire d'Or.
Le 2e Karmapa, Karma Pakshi (1204-1283), fut la première personne reconnue en tant que tulku ou lama réincarné, ce qui fait des Kagyu la première école à introduire cet aspect important du bouddhisme tibétain. La lignée des Karmapas diffère cependant des autres lignées tulku, par le fait que les Karmapas sont auto-reconnaissants. Cela signifie que le choix du nouveau tulku est basé non pas sur la perception d'autres lamas, mais sur la base d'une prédiction spéciale détaillant les circonstances de la prochaine renaissance.
La Coiffe Noire
Les Karmapas sont les détenteurs de la Coiffe Noire (tibétain cod-pan) et sont ainsi parfois connus comme les Lamas au "Chapeau Noir" (tibétain zhwa-nag). Cette coiffe, Rangjung Chopen (la coiffe apparue d'elle-même), fut tissée par les Dakinis à partir de leurs chevelure et offerte au Karmapa en reconnaissance de sa réalisation spirituelle. On dit que la seule vue de cette coiffe peut éveiller le plus profond potentiel de l'esprit et même apporter l'illumination. La coiffe physique portée par les Karmapas fut offerte au 5e Karmapa par l'empereur chinois Yongle comme une représentation matérielle de la coiffe spirituelle. Elle est actuellement conservée à Rumtek au Sikkim, qui était la dernière demeure du 16e Karmapa.
La liste des Karmapas
1. Dusoum
Khyenpa (1110 - 1193)
2. Karma
Pakshi (1204 - 1283)
3.
Rangjoung Dordjé (1284 - 1339)
4. Rolpe
Dordjé (1340 - 1383)
5. Deshin
Shekpa (1384 - 1415)
6.
Thongwa Deunden (1416 - 1453)
7.
Cheudrak Gyatso (1454 - 1506)
8. Mikyeu
Dordjé (1507 - 1554)
9.
Wangchuk Dordjé (1556 - 1603)
10.
Cheuying Dordjé (1604 - 1674)
11. Yéshé
Dordjé (1676 - 1702)
12.
Changchoub Dordjé (1703 - 1732)
13. Dudul
Dordjé (1733 - 1797
14.
Thekchok Dordjé (1798 - 1868)
15.
Khakyab Dordjé (1871 - 1922)
16.
Rangjoung Rigpé Dordjé (1924 - 1981)
17.
Orgyen Trinley Dordjé (1985 - )
Orgyen Trinley Dordjé
Orgyen Trinley Dordjé est né le 26 juin 1985 dans une famille de nomades du Kham (Sud-Est du Tibet), de Karma Deundrub Tashi et de sa femme Loga. Tout comme ses prédécesseurs, le 16e Karmapa avait laissé une lettre prédisant sa réincarnation, qui fut trouvée en 1992 dans une amulette qu'il avait remise à Taï Sitou Rinpotché.
En 1992, Orgyen Trinley Dorjé fut découvert par une équipe envoyée au Tibet par Taï Sitou Rinpotché. Le 7 juin 1992, le 14e Dalaï-Lama reconnut officiellement Orgyen Trinley Dordjé comme le 17e Karmapa. Le 27 juin 1992, soit 20 jours plus tard, les autorités chinoises ont avalisé le choix du 14e Dalaï-Lama. Orgyen Trinley Dordjé fut conduit au monastère de Tsourphou, siège traditionnel des Karmapas, près de Lhassa et le 27 septembre de cette même année, il fut y intronisée par Taï Sitou Rinpotché et Gyaltsab Rinpotché.
Numéro 3 dans la hiérarchie religieuse tibétaine avec le Dalaï-Lama et le Pantchèn Lama, le 17e Karmapa est le seul Lama réincarné à avoir été reconnu à la fois par le Dalaï-Lama et le Gouvernement chinois. Cependant, au fil du temps, les lourdes contraintes imposées par l’administration chinoise se révélèrent un obstacle majeur à sa formation. Aussi, à 14 ans, prit-il la décision courageuse de fuir son pays. Le 17e Karmapa a planifié son évasion du Tibet contrôlé par la Chine. Sa résolution est devenue plus ferme alors qu'il n'était pas autorisé à voir son tuteur, Taï Sitou Rinpotché, et qu'en 1998 une tentative de meurtre sur sa personne soit suggérée après la découverte de deux intrus chinois équipés de couteaux et d'explosifs au monastère de Tsourphou. En décembre 1999, avec quelques compagnons choisis, il entreprit courageusement la traversée de l’Himalaya qui, au prix de bien de difficultés et de dangers, allait le mener jusqu’à la résidence du Dalaï-Lama à Dharamsala dans le nord de l'Inde.
A l’arrivée du 17e Karmapa, le 5 janvier 2000, le Dalaï-Lama a déclaré qu' "il n'y avait aucune autre alternative"; il a ajouté "Je pense que le jour de notre retour avec un certain degré de liberté au Tibet viendra. Je pense que je réaliserai cela durant ma vie". Le 17e Karmapa a exprimé son souhait de rester en Inde. Il a notamment déclaré "l'Enseignement Bouddhiste le plus important est la compassion, mais pour essayer de le pratiquer, on doit être libre". Il souhaite qu'avec l'inspiration du Dalaï-Lama, "l’ensemble du peuple du Tibet sera bientôt en mesure de gagner sa liberté". Tashi Wangdi, Ministre de la Religion et de la Culture du Gouvernement tibétain en exil avait expliqué que le 17e Karmapa était très inquiet de l'érosion de la culture tibétaine à Lhassa : "il veut vraiment travailler au développement culturel et religieux du peuple, mais est très inquiet par la répression concernant les activités religieuses et la dilution délibérée de la culture tibétaine par les autorités". La plupart des grands maîtres du Bouddhisme tibétain ont été contraints de s'exiler du Tibet du fait de l'absence de liberté et de la politique totalitaire qui y prévaut, comme nous l'a rappelé l'évasion du 17e Karmapa à la veille de l'an 2000.
En Inde, le 17e Karmapa a trouvé refuge et, depuis, il reçoit les Enseignements des Grands Maîtres Tibétains exilés en Inde. Il reçoit la visite de disciples du monde entier, donne déjà des enseignements, et écrit des poèmes. En 2008, il réside toujours au monastère de Gyuto à Sidhbari près de Dharamsala où il soutien notamment la construction d'un hôpital.
La visite du Karmapa aux Etats-Unis en 2008En visite aux États-Unis, le Karmapa a annoncé qu’il souhaite passer deux mois par an pour enseigner dans la communauté bouddhiste dans ce pays, montrant l’importance qu’il lui accorde. Le Karmapa a déclaré "Mon travail ne sera pas conduit seulement dans les autres communautés bouddhistes, mais aura pour objectif d’aider tout le monde." Il s’est aussi exprimé sur la situation au Tibet, marquée par les Troubles au Tibet en 2008, affirmant qu’elle a atteint un état d’urgence. A Ground Zero au World Trade Center Tribute Center, il a écrit sur le livre d’or « Par des cœurs pacifiques, des sentiments pacifiques et une intelligence pacifique, puisse ce monde réellement passer de l’ombre à la lumière ».