



Lama Tcheuky Sèngué
Les tormas (sct. bali)
Les tormas constituent les objets peut-être les plus étranges de ceux que l’on peut voir sur l’autel. Figurines colorées, parfois porteuses de bras qui semblent s’être figés dans de mystérieux sémaphores, parées d’ornements se déployant comme des corolles, que peuvent-elles bien signifier ?
Disons tout de suite qu’il existe, réunies sous le même vocable, plusieurs types de tormas fort différents, dont les deux principaux sont :
- les bul-tor (torma d’offrande), souvent appelés “gâteaux d’offrande”, petites figurines de pâte utilisées comme offrandes au cours des rituels, soit à l’adresse des forces adverses afin de les contenter, soit à l’intention des divinités pour attirer leur bénédiction et recevoir leurs accomplissements ;
- les tèn-tor (torma-support), figures plus imposantes, installées à demeure sur l’autel et jouant un rôle très différent. Ce sont elles que le visiteur verra et dont nous allons ici traiter, en les appelant simplement “tormas”.
Ces tormas représentent, en fait, les divinités elles-mêmes ou bien encore le support dans lequel réside la divinité, à la manière d’un palais. Au cours du rituel, les officiants ne regardent donc plus la torma comme un objet matériel, mais l’imaginent sous la forme de la divinité.
Chaque divinité possède une torma de forme différente, de nombreuses variantes intervenant par ailleurs d’une école à une autre. Bien que les tantras mentionnent les tormas, ils n’en donnent pas une description précise, ce qui explique la diversité des aspects.
Il semble que cette manière quasi abstraite de représenter les divinités soit liée, à l’origine, au souci de garder le secret sur la pratique entreprise, secret nécessaire pour son efficacité. Une forme plus suggestive aurait en effet permis à un intrus de deviner ce que faisait le méditant, ce qui aurait pu lui être nuisible. Il faut se rappeler qu’en Inde, notamment, le vajrayana, dans lequel sont révélées les divinités, était un enseignement très confidentiel dont les adeptes devaient rester anonymes. Au Tibet, les choses sont devenues, dans une grande mesure, plus ouvertes et visibles, mais les coutumes héritées de la terre sacrée sont restées.
On attribue parfois aux divers éléments d’une torma un sens symbolique qui peut se situer sur différents plans. Ainsi, lorsqu’une torma possède comme deux ailes, celles-ci peuvent, de manière anthropomorphique, représenter les bras de la divinité, ou bien, sur le plan des énergies subtiles, symboliser les canaux (sct. nadi) latéraux tandis que le corps de la torma tient lieu de canal central.
L’ornement figurant la lune représente la force active (et masculine) de l’Eveil, à savoir la compassion, tandis que le soleil (pôle féminin) symbolise la sagesse. Celui-ci est généralement surmonté par une petite pointe (un nada), comme une flammèche, qui désigne le “feu spirituel” résultant de l’union de la sagesse et de la compassion ; parfois, on l’interprète encore comme représentant l’esprit.
Le mot “torma” signifie étymologiquement “dispersion” ; dans le cas des tormas d’offrande que nous avons mentionnées plus haut, le terme repose sur une signification matérielle claire, dans la mesure où ces offrandes sont distribuées, donc dispersées. Dans le cas des tormas-support, ce qui est dispersé, c’est-à-dire, cette fois-ci, écarté, ce sont les imperfections et les perturbations de notre esprit, grâce à la méditation de la divinité ; en ce sens, la torma-divinité “disperse” nos souillures intérieures.
Extrait de l'ouvrage Le Temple Tibétain et son Symbolisme. Editions Claire Lumière : p.90-92.
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L'origine des offrandes
Lorsqu’en Inde, au temps jadis, un invité de haut rang était reçu dans le palais d’un rajah, pour le soulager de la chaleur du voyage, on lui offrait à boire en premier, pour le débarrasser de la poussière du chemin, on lui lavait les pieds en second ; puis pour reposer et réjouir son esprit autant que pour marquer l’estime qu’on lui témoignait on lui présentait des fleurs, de l’encens des lumières, des parfums. Enfin, on lui offrait un repas en même temps qu’une troupe de musiciens le divertissait de ses harmonies.
Quel hôte de plus grande dignité et de plus glorieuse majesté pouvons-nous recevoir que la manifestation pour nous visible de l’Eveil infini ? Aussi lui présentons-nous, avec le plus grand respect, ces mêmes humbles offrandes.
Aussi, devant la représentation que nous avons choisie, statue ou photo, nous disposons les marques matérielles et symboliques de notre considération et de notre hommage, sous la forme des huit offrandes traditionnelles. De gauche à droite : l’eau pour boire, l’eau lustrale, les fleurs, l’encens, la lumière, l’eau parfumée, la nourriture, la musique. Soit sept bols et une lampe.
Extrait de l'ouvrage Un autel bouddhiste. Editions Claire Lumière : p.29-30.